• Lettre ouverte de Claude Ribbe à Madame Christiane Taubira



    Madame la députée,



    Comme vous devez le savoir, Monsieur Michel Barnier, minstre des
    Affaires étrangères de la France et membre d'honneur de l'association
    catholique "Fraternité universelle", a décidé d'organiser en Guyane,
    les 18 et 19 mars prochains, une conférence internationale sur Haïti.
    Cette conférence vise à légitimer le gouvernement de facto
    désigné par la France et les Etats-Unis après un coup d'Etat accompagné
    de l'enlèvement du président légitimement élu, M. Jean-Bertrand
    Aristide, dont les seuls torts sont d'avoir exigé de la France la
    restitution de la rançon versée par Haïti pour son indépendance et des
    réparations pour 150 années d'esclavage et d'avoir voulu affirmer son
    indépendance à l'égard de Washington.

    Vous ne pouvez ignorer que, sous le couvert d'un "comité indépendant de
    réflexion", deux émissaires, prétendant agir au nom de la République
    française, se sont présentés au palais présidentiel de Port au Prince
    le 17 décembre 2003, jour anniversaire du coup d'Etat manqué, mais
    sanglant, du 17 décembre 2002.

    Là, au nom de notre pays, qui a déporté des centaines de millions
    d'hommes de femmes et d'enfants en Haïti, Monsieur Régis Debray et
    Madame Véronique Galouzeau de Villepin-Albanel, responsable de
    l'association "Fraternité universelle", ont exigé le départ du
    président Aristide en le menaçant de mort. En même temps, une campagne
    d'assassinat moral de Jean-Bertrand Aristide a été déclenchée. Une
    certaine presse y a docilement joué une partie déjà rédigée dans des
    officines spécialisées.

    Au matin du 29 février 2004, Monsieur Jean-Bertrand Aristide est monté,
    de force, dans un avion blanc non immatriculé qui a fait route vers
    Bangui où l'attendaient ses assassins.

    Malgré le déchaînement de la propagande raciste qui accompagnait ce
    coup de force, des voix se sont alors élevées pour protester contre cet
    enlèvement et cette séquestration qui n'étaient pas sans rappeler le
    sort fait à Toussaint-Louverture, lui aussi accusé, en 1802, des pires
    méfaits, dans le seul but de légitimer son assassinat.

    Face à ce crime programme, de mon côté, j'ai fait mon devoir de
    Français et de descendant de Guadeloupéens mis en esclavage par
    Bonaparte, le héros de M. Dominique Galouzeau de Villepin.

    Sous la pression de ceux qui ont dénoncé sa séquestration, le président
    Jean-Bertrand Aristide, échappant à ses geoliers et à ses bourreaux, a
    pu trouver refuge en Jamaïque où la Caricom lui a accordé soutien et
    protection. Cette attitude de la Caricom a été relayée par l'Union
    Africaine qui a décidé de recevoir le président d'Haïti en Afrique du
    Sud, en attendant la restauration de l'ordre constitutionnel.

    Pendant ce temps, la France, pour fêter le bicentenaire de la première
    république nègre du monde, a envoyé mille soldats dans son ancienne
    colonie. On murmure que l'opération se serait appelée "Rochambeau", du
    nom de celui qui, en 1803, faisait dévorer les "nègres" par ses
    chiens.

    Vous ne pouvez ignorer, Madame la députée, que depuis le départ du
    président Jean-Bertrand Aristide, au moins 10 000 Haïtiens ont péri de
    mort violente parce qu'ils protestaient contre l'enlèvement, par
    d'anciennes puissances coloniales, d'un président qu'ils avaient élu
    pour cinq ans. Le premier président élu de toute l'histoire d'Haïti.
    Aujourd'hui, là-bas, les prisons sont à ce point bondées que M.
    Latortue a profité d'une tentative d'évasion diligentée par des
    trafiquants de drogue, le 19 février 2005, pour faire exécuter
    sommairement 100 prisonniers politiques, dont les corps pourrissent ça
    et là à Port-au-Prince.

    L'ancien premier ministre et l'ancien ministre de l'Intérieur du
    président Aristide sont, sans raison aucune, confinés dans une geôle
    puante, sans eau, sans electricité, au milieu de leurs excréments. Ils
    ont entamé une grève de la faim. Voici quelques jours, les Haïtiens
    sont descendus dans la rue, un an après l'enlèvement de leur président,
    pour une marche pacifique. La police a froidement ouvert le feu sur la
    foule désarmée, faisant des dizaines de morts et de blessés.
    Aujourd'hui, plus personne, sauf le gouvernement de la France, ne
    défend le fantoche Latortue, responsable de ces assassinats. Pendant ce
    temps, le dictateur Jean-Claude Duvalier, arrivé en France, le 7
    février 1986, avec près d'un milliard de dollars en poche, coule des
    jours heureux dans la région parisienne et donne ds interviews, sous la
    protection du ministre français de l'Intérieur et dans l'impunité la
    plus totale. Officiellement, il est en "transit" depuis dix-neuf ans.

    C'est dans ce contexte qu'une conférence a été programmée en Guyane, en
    présence de Latortue, les 18 et 19 mars 2005. Dès à présent les 14 pays
    de la Caricom et les 53 pays de l'Union africaine ont refusé d'y
    participer, malgré les multiples pressions exercées sur eux, depuis un
    an, par la France. Ils refusent également de reconnaître le
    gouvernement de facto imposé aux Haïtiens par la France et les Etats-Unis.

    En 2003, vous avez, Madame la députée, courageusement interpellé M.
    Raffarin, en lui demandant de restituer à Haïti la rançon exigée pour
    son indépendance. Je vous demande aujourd'hui, en tant que députée de
    la Guyane, d'intervenir par tous moyens contre la tentative française
    de légitimation, dans le département qui vous a élue, d'un coup d'Etat
    ressenti comme un affront insupportable par tous les descendants
    d'esclaves de la planète.



    Comptant sur votre soutien et vos diligences, je vous prie d'agréer,
    Madame la députée, l'expression de mes respectueux hommages.



    Claude Ribbe


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